Rencontre femme russe - Xenia Tchoumitcheva

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Decryptage » Femmes russes et d'Europe de l'Est

Le mythe de la femme russe

Xenia Tchoumitcheva n'en finit plus de faire parler d'elle. Première dauphine à l'élection de Miss Suisse 2006, l'étudiante en économie acquit une notoriété exceptionnelle, d'autant plus surprenante que ce n'est pas elle qui coiffa la couronne convoitée.

Le mythe de la femme russe

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Xenia Tchoumitcheva n'en finit plus de faire parler d'elle.

Première dauphine à l'élection de Miss Suisse 2006, l'étudiante en économie acquit une notoriété exceptionnelle, d'autant plus surprenante que ce n'est pas elle qui coiffa la couronne convoitée.

D'où vient l'intérêt qu'éveille Xenia Tchoumitcheva auprès des publicitaires et des médias ? L'engouement est-il dû à sa moue boudeuse digne d'une Lolita d'une oeuvre de Stanley Kubrick ? Sans doute un peu, mais c'est surtout son origine russe, donnée par des parents moscovites, qui n'est pas étrangère à son succès. Blonde, les yeux clairs, un visage assez typé, elle rappelle que l'imaginaire créatif développe, à partir de critères physiques et du charisme suscité par l'exotisme véhiculé par une origine, un idéal romanesque. Ce modèle absolu décrit la femme russe selon le même stéréotype : elle est belle, blonde, elle a les yeux bleus ou verts, elle est grande. Première faille dans cet édifice de la pensée rêveuse : Xenia Tchoumitcheva n'est pas foncièrement grande.

Le fait qu'au IXè siècle, les Vikings venus de Scandinavie sous la conduite du prince légendaire Riourik, afin de s'assimiler à la population slave de Russie, contribua à accentuer la blondeur des tignasses autochtones. La richesse de la littérature russe chanta l'éclat des femmes du pays. Tolstoï peignit à merveille l'émotion de Vronskï quand ce dernier aperçut Anna Karénine : "Il éprouva le besoin de regarder la dame encore une fois non à cause de sa beauté, de son élégance ou de la grâce discrète qui émanait de toute sa personne, mais parce qu'il avait remarqué, au moment où elle passait devant lui, l'expression douce et tendre du joli visage." Le hasard facétieux fit que Greta Garbo, actrice d'origine suédoise, c'est-à-dire viking, incarna à l'écran l'héroïne de Tolstoï, célèbre pour son mépris affiché des conventions sociales.

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Xenia Tchoumitcheva

Au théâtre, Tchekhov exalta à sa façon la gent féminine de Russie. Dans "Les Trois Soeurs", Olga s'adresse à Irina en ces termes : "Aujourd'hui tu es rayonnante, incroyablement embellie. Macha aussi est belle." Sur scène, les soeurs Poliakoff, dont la blonde Marina Vlady, livrèrent à Paris une interprétation marquante en tenant les trois rôles principaux. Marina Vlady ne manqua pas de dire à quel point l'émotion fut grande pour elle d'incarner Irina avec ses deux soeurs. Son sentiment de bonheur fut décuplé par le fait de jouer une pièce qui la fit replonger dans les racines russes de son enfance.

James Bond renforça encore le mythe de la femme russe. Il parvint à séduire tour à tour Anya Amasova (interprétée par l'actrice américaine Barbara Bach), agent "triple X" du KGB, Tatiana Romanova, caporal des renseignements de l'Armée rouge, Pola Ivanova, agent aussi du KGB. Il faillit de surcroît se faire étouffer par les cuisses sculpturales de Xenia Onatopp, ancienne pilote de chasse soviétique. Même si l'accent russe de Barbara Bach fut jugé un peu bancal, même si Famke Janssen (Xenia Onatopp), actrice néerlandaise, n'est pas blonde, même si Daniela Bianchi (Tatiana Romanova) fut une ancienne Miss Rome, les fans de 007 firent l'apologie de la créature russe vue par le producteur Cubby Broccoli : soit celle d'une femme sensuelle, intelligente, de formation supérieure et pas automatiquement blonde.

La légende de la blondeur fut pourtant entretenue par beaucoup de monde dont Gilbert Bécaud. Ne chanta-t-il pas ?

"La place Rouge était vide. J'ai pris son bras, elle a souri. Il avait des cheveux blonds, mon guide. Nathalie."

La réalité rejoint aussi la légende quand le public admire à Wimbledon ou ailleurs les joueuses de tennis, blondes et de grande taille, comme Anna Kournikova (née à Moscou), Maria Sharapova (née en Sibérie) ou Tatiana Golovin (Française née à Moscou). Si l'on considère qu'Anna Kournikova ne gagna jamais un tournoi du Grand Chelem, doit-on s'étonner de sa renommée internationale encore plus conséquente que celle des plus grandes championnes ? Non, car l'imagerie ancrée dans la littérature, le cinéma, le théâtre ou les beaux-arts, contribua sans doute à assimiler la citoyenne moscovite aux légendes ancestrales. "Il ne représente pas, il sublime, disait Malraux de Michel-Ange." L'idéal romanesque sublima toujours la femme russe. Elle le mérite, mais aussi pour d'autres raisons.

N'oublions pas la correspondance privilégiée qu'entretint l'Impératrice Catherine II avec Voltaire, d'Alembert et Diderot. N'oublions pas ces femmes coiffées d'un long châle qui tirèrent de lourdes charrettes dans la campagne hivernale au point d'inspirer Brecht pour sa "Mère Courage".

Quoi qu'il en soit, l'histoire riche et tourmentée de ce grand pays qu'est la Russie créa la légende de ses femmes. Qu'elle soit blonde, brune, rousse, grande, petite, la femme russe fascine au point que tout le monde voudrait l'avoir pour cousine.