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Ca se discute (France 2)
Selon Patrick Lemoine, se ressembler n’est pas du tout un gage de stabilité pour un couple. Les personnes qui cherchent à vivre avec leur double sont justes narcissiques.
Emission : “Ca se discute jour après jour “
Présentateur : Jean-Luc Delarue.
Titre : “Peut-on croire à un amour hors-normes avec une femme russe”.
Date : Lundi 15 mars 2004.
Le spécialiste : Patrick Lemoine Psychiatre
Patrick Lemoine affirme que les différences qui se voient comme celles liées à l’âge sont plus faciles à gérer pour les deux personnes parce qu’elles sont tout de suite prises en compte. Il explique aussi que les différences peuvent “poser soucis” à n’importe quel moment dans un couple et pas seulement lors de la rencontre. Il pense qu’il n’y a pas de différence que l’on ne puisse surmonter si on a quelques bases communes avec la personne que l’on aime. Il vient de publier “Séduire ou comment l’amour vient aux humains” préfacé par Boris Cyrulnik aux éditions Robert Laffont.
« Même “enfant de Bohème” et contrairement à ce que prétendit Carmen, l’amour connaît beaucoup, beaucoup de lois ! Car c’est là qu’interviennent tous nos sixièmes sens, de loin les plus importants… »
Patrick Lemoine, psychiatre, chercheur, écrivain, nous fait découvrir dans ces pages la véritable nature de ces mystérieux “atomes crochus” dont on parle tant, et que l’on comprend si peu…
Mettant à contribution tous les domaines du savoir, de la littérature à la science, Patrick Lemoine explore pour nous le rôle de nos sens dans l’entreprise de séduction. Egayant son exposé de très nombreux exemples, aussi divertissants qu’insolites, tirés du règne animal, il nous offre une véritable Histoire naturelle de l’amour…
Pour parfaire son enquête sur les dessous – si l’on peut dire – de la séduction, et pour déterminer ce qui attire les hommes et les femmes, Patrick Lemoine s’est livré – entre autres – à des expériences surprenantes sur les habitants de Bonifacio (on en parle encore dans la ville).
Les résultats étonnants de cette étude qui a conduit des hommes et des femmes choisis au hasard à renifler des tee-shirts sont riches en enseignements sur notre animalité latente et font partie des nombreuses originalités de cet ouvrage hors normes.
Un livre où l’on ne cesse, page après page, de s’instruire en se divertissant – le plus souvent aux dépens de ce Casanova endiablé que l’homme s’imagine être. Un livre qui ne manquera pas d’exercer sur ses lecteurs un irrésistible attrait…
À cinquante-trois ans, Patrick Lemoine, psychiatre, spécialiste notamment des troubles du sommeil et de la dépression, est chef de service (Unité clinique de psychiatrie biologique) à Lyon. Il a publié Les Mystères du placebo et, aux éditions Robert Laffont, Le Sexe des larmes, dans la collection “Réponses”.
Faut-il se ressembler pour s’aimer ?
Oui et non. Oui parce qu’il faut un minimum de choses en commun pour s’unir. Quoiqu’on espère, il faut reconnaître que l’histoire du prince et de la bergère reste exceptionnelle et qu’elle se finit mal en général. Il faut un minimum de bagages culturels compatibles pour vivre avec quelqu’un. Des études américaines (il n’y en a pas d’équivalentes en France) montrent que les mariages entre noirs et blancs ou riches et pauvres restent exceptionnels. D’un autre côté, si on se ressemble trop, on fonctionne sur le mode d’un couple fusionnel et ce n’est absolument pas souhaitable.
Les couples qui se ressemblent ne durent donc pas plus longtemps que ceux qui sont différents ?
Je ne suis pas sûr que les couples fusionnels composés de deux partenaires qui se contemplent les yeux dans les yeux aient plus de chance de réussir que les couples très différents. Avec les premiers, tout va bien tant qu’ils sont d’accord sur tout mais le jour ou l’un des deux voit les choses d’une manière divergente c’est le drame. Dans ces duos, chacun se regarde lui-même dans l’autre. Résultat : il ne peut pas supporter le désaccord puisqu’on ne peut pas être en désaccord avec soi-même. C’est le cas de certains couples homosexuels qui n’ont même pas la différence du sexe. De toute façon au fil du temps, un mimétisme se met en place dans tous les couples.
Y a-t-il des différences plus faciles à gérer que d’autres ?
Certainement. Par exemple une différence de niveau financier est plus simple à gérer qu’un écart du niveau d’étude des deux partenaires. De manière générale, les différences visibles d’emblée posent moins souci car elles sautent aux yeux. Il est beaucoup plus simple de masquer ses opinions politiques ou de laisser penser qu’on peut passer facilement outre, que de cacher que l’on a 20 ans de plus que sa partenaire ! Quand la différence est visible, les 2 personnes qui s’engagent en tiennent compte, elles en parlent et décident si elles peuvent ou non l’assumer.
Les différences plus discrètes sont plus compliquées. Prenons deux personnes de deux cultures qui n’ont rien à voir. Au début, chacun fait des efforts, tout semble tout beau jusqu’au jour où avec le quotidien qui s’installe, chacun fait les choses à “sa manière” héritée de son éducation.
Est-ce que certains moments de la vie à deux peuvent être particulièrement difficiles à surmonter pour un couple “différent” ?
Oui. Prenons la différence de culture, la fin de grossesse peut-être une période particulièrement délicate. Par exemple, dans certaines cultures on considère que porter un enfant n’est pas une histoire de mec. Résultat : certaines femmes n’incluent pas le papa dans leur préparation de l’accouchement, se referment sur un cercle féminin lorsqu’elles sont enceintes. Les hommes peuvent très mal vivre cette mise à l’écart. J’ai vu pas mal de maris qui se sentaient rejetés et là tout peut arriver, qu’il parte, qu’il aille voir ailleurs…
Souvent les couples composés de personnes de deux nationalités différentes traversent un passage difficile lorsqu’ils quittent le pays où ils se sont rencontrés. Un étranger a beau venir en France, il n’en reste pas moins marqué par son éducation. Parfois même, il suffit d’un retour pendant les vacances dans le pays de l’un des deux pour que la personne renoue avec sa culture et change sa façon d’être.
On a tous entendu des histoires de femmes mariées dont le mari a souhaité soudain pratiquer la polygamie après des congés dans son pays. On ne change pas. On peut s’adapter à une culture qui n’est pas la nôtre mais c’est un vernis. On a quand même étés nourris et élevés dans une autre culture et il peut parfois suffire de peu pour que le vernis s’écaille.
L’éducation des enfants aussi est une des grandes causes de scènes de ménage. Et on n’a pas besoin pour constater cela de chercher bien loin. Mariez un fils unique et une fille aînée d’une grande fratrie et les problèmes risquent fort de surgir ! Lui ne comprendra pas que sa femme demande à leur enfant de faire son lit ou de débarrasser la table et elle aura du mal à accepter que son mari traite leur enfant en “petit roi”.
Certaines personnes sont-elles plus prédisposées que d’autres à construire un couple basé sur la différence ?
Effectivement il y a une prédétermination liée au caractère des gens. Certains ne vont pas supporter d’être en couple avec une personne différente d’eux parce qu’ils pensent que leur modèle est le seul valable et d’autres auront tendance à l’inverse à chercher la dissemblance. Tout dépend du narcissisme et de l’estime de soi que se porte la personne. Plus on a confiance en nous, plus on peut aller vers un autre différent.
La différence d’âge est-elle facile ou difficile à gérer ?
Tout dépend dans quel sens elle existe. Une chose est sûre, la pression sociale n’est pas la même quand l’homme est plus vieux et quand la femme est plus vieille. Dans notre société, le boulot principal de la femme c’est de porter des enfants quand celui de l’homme c’est d’avoir de bons gênes. L’homme peut donc faire “ce qu’on attend de lui” à tout âge mais pas la femme. L’homme plus âgé que la femme prouve qu’il a vécu, qu’il est résistant, donc personne ne voit de souci à ce qu’il fréquente une jeunette. Et puis pour lui un “coup” suffit ! On trouve normal qu’après un Accident Vasculaire Cérébral (AVC), Jean-Paul Belmondo fasse un enfant. L’homme est un faux bourdon, il injecte son capital génétique et même s’il disparaît après, ce n’est pas le plus important.
La femme plus âgée que l’homme, elle, renvoit une image négative à cause de la ménopause. Deux solutions : ou elle est ménopausée, ou elle va l’être rapidement. Aux yeux de la société, elle ne peut donc pas assurer son “travail” correctement. C’est pour cela que la relation d’une femme plus âgée avec un homme plus jeune est mal perçue. Dans toutes les cultures traditionnelles la femme ménopausée doit cesser toute relation et arrêter de séduire. Regardez en France ce qui caractérisait une sorcière au moyen âge : c’était une femme ménopausée qui avait les cheveux non attachés donc qui cherchait à séduire.
Par rapport à cette différence de perception au niveau de l’âge du couple nous sommes aujourd’hui dans un paradoxe. Il y a quelques siècles les femmes vivaient moins vielles que les hommes puisqu’elles mouraient souvent en couche. A l’époque il était donc logique que les hommes épousent des femmes jeunes. Cela n’est plus du tout vrai aujourd’hui.
Maintenant les femmes vivent plus âgées que les hommes, avec des traitements elles peuvent procréer plus tard. Si on suivait la logique des chiffres tout le monde devrait trouver très bien que des femmes plus âgées soient avec des hommes jeunes mais on est très loin de penser cela.
Qu’est-ce qui pousse un homme à aller chercher une femme à l’étranger ?
Il n’y a que des cas particuliers. Dans nos campagnes, les paysans ont tendance à chercher des filles d’Afrique ou de d’Europe de l’Est car ils pensent qu’elles sont dures à la tâche. D’autres cherchent à l’étranger car ils ont été déçus par plusieurs relations avec des filles de leurs ethnies et qu’ils pensent qu’en trouvant ailleurs cela se passera mieux.









































Et si on parlait des femmes russes